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La Maison des Impressions 5 rue de Saintonge 75003 Paris

Imprimer des seins en 3D à partir de matériaux biologiques pour les femmes ayant subi une mastectomie, voilà le défi que s’est lancé Healshape, une start-up lyonnaise.

Imaginez qu’il soit possible, après un cancer du sein et une mastectomie (ablation totale ou partielle du sein), de retrouver un sein identique, conçu à partir de nos propres tissus. Un sein sur mesure, dont la tenue et la texture seraient conformes à celui volé par la maladie. Dans le domaine médical, l’impression de tissus biologiques se développe à vitesse grand V. Healshape, une entreprise installée à Lyon, fait partie de ces nouveaux acteurs. Sa spécialité ? Accompagner les femmes dans leur parcours de reconstruction post-mastectomie en imprimant des prothèses mammaires plus vraies que nature. La start-up, qui travaille en partenariat avec le centre Léon-Bérard (centre de lutte contre le cancer), est née de l’association de chercheurs, d’ingénieurs et d’un chirurgien.

Une prothèse mammaire imprimée plus naturelle

Tous les ans, 59 000 nouveaux cas de cancers du sein invasifs sont diagnostiqués, selon la Haute autorité de santé. Ce sont deux millions de femmes qui sont touchées à travers le monde. Le principal traitement à ce jour consiste à associer une mastectomie, partielle dans les trois quarts des cas (on parle de tumorectomie), à une radiothérapie et une chimiothérapie. Chaque année, rien que dans l’Hexagone, environ 22 000 mastectomies totales sont pratiquées, pour lesquelles on propose aux femmes diverses techniques de reconstruction.

Seules 20 % d’entre elles choisissent l’implant mammaire synthétique. Composé de silicone, de polyuréthane et parfois rempli avec un gel ou une solution hydrosaline, il effraie en raison de potentielles complications médicales. La réussite sur le plan esthétique n’est pas assurée et il peut provoquer des douleurs. De plus, s’il est facile à mettre en œuvre, il doit être remplacé tous les dix ans.

D’autres solutions, plus naturelles, existent. On peut par exemple reconstruire le sein à partir d’un autre tissu vascularisé, mais l’inconvénient est qu’on « mutile une autre partie du corps », explique Sophie Brac de la Perrière, directrice d’Healshape, sur le plateau du média Lyon Capitale. On peut aussi introduire directement de la graisse dans la poitrine, mais cela suppose de« renouveler l’opération plusieurs fois ». Le choix est donc compliqué pour les patientes, et la cofondatrice d’Healshape de conclure : « Nous voulions apporter la simplicité de la prothèse mammaire mais avec le côté naturel. »

L’objectif est donc de proposer une prothèse mammaire, « simple » à mettre en œuvre, mais qui ne soit pas synthétique, qui donne un bon rendu esthétique et qui ne nécessite pas d’intervention ultérieure. Une prothèse idéale, donc. Mais pas si facile à fabriquer…

La bio-impression au service de la régénération

Pour concevoir ce type de prothèse rêvée, la start-up a recours à la bio-impression, une technique d’impression en 3D qui fonctionne avec une « bio-encre » : une encre fabriquée à partir de cellules vivantes et de biomatériaux. Avec celle-ci, l’imprimante 3D façonne une structure de la forme mammaire souhaitée.

Une fois la prothèse implantée, le chirurgien y transfère de la graisse de la patiente. Grâce à sa substance poreuse (comme une sorte de toile d’araignée) et à sa constitution naturelle, l’implant permet aux cellules de migrer et de tisser leur propre réseau en interagissant avec le corps.L’organisme peut ainsi recréer lui-même un sein sur le modèle de l’implant. On parle d’ailleurs de médecine régénérative. L’objectif est que la structure fabriquée par les médecins se résorbe naturellement avec le temps, jusqu’à disparaître totalement (un peu comme le font déjà certains fils de suture), pour un sein finalement 100 % naturel. La difficulté : imprimer une structure suffisamment solide pour résister à l’opération et aux épreuves du quotidien ensuite.

Lauréate du concours d’innovation i-Lab 2020, Healshape est encore en phase pré-clinique. Les prothèses sont prêtes et le travail avec les chirurgiens a débuté, mais celles-ci ne sont pas encore implantées à des patientes. Comme elles sont régénératives et résorbables, il faudra un encore certain temps aux équipes pour observer le résultat final de leur travail. L’entreprise ambitionne une mise sur le marché d’ici cinq ans.