À la mort du pape François, l’Église s’est mobilisée pour élire le nouveau souverain pontife. De nombreux documents étant nécessaires, l’imprimerie du Vatican a elle aussi tourné à plein régime. Impressions s’est glissé dans les coulisses de la Tipografia Vaticana pendant cette période d’effervescence.
Le pape François est mort le 21 avril dernier et les médias du monde entier n’ont parlé que de cet événement durant plusieurs semaines. Quel nouveau chef l’Église allait-elle choisir ? Combien de temps cela prendrait-il ? Combien de fidèles se rendraient devant l’église Saint-Pierre pour célébrer la nouvelle ? Selon un scénario extrêmement rodé, l’Église avait tout mis en place pour accueillir son nouveau berger, qui serait élu le 8 mai suivant. Si le processus électoral ne fait plus mystère pour grand monde, certains aspects de cette période restent quelque peu mystérieux. Nous nous sommes penchés sur les dessous de l’imprimé dans l’enceinte du Vatican durant cette période clef, et plus précisément dans la via della Tipografia. Car figurez-vous que le Saint-Siège – qui fonctionne en toute indépendance – a sa propre imprimerie, la Tipografia Vaticana, organisme de la Curie romaine fondé au xvie siècle (en 1587), dont les machines ont marqué le papier sans relâche pour donner naissance aux documents et livrets indispensables à cette transition pontificale.
Dès le 21 avril, à l’annonce du décès du souverain pontife, les machines ont mis en branle une série d’impressions d’urgence, qu’il aurait naturellement été impossible de préparer en amont. Soudainement la cadence des presses a accéléré, les employés se sont relayés 24 heures sur 24 pour que les documents soient prêts à temps. Guido Benfante, coordinateur de l’institution, explique sur le site du Vatican : « Nous avons travaillé jour et nuit pour assurer notre service auprès du Saint-Siège dans un temps très court, avec un doublement des roulements de travail. » Il fallait en effet que soit édité le matériel nécessaire pour informer, dire au revoir au pape François, voter et enfin célébrer.
L’impression a débuté par L’Osservatore romano, le journal du Saint-Siège, vieux de plus de cent soixante ans. Ce jour-là, il a été tiré à 30 000 exemplaires, contre un peu moins de 10 000 ordinairement dans sa version quotidienne (il en existe aussi une hebdomadaire et deux mensuelles). Un tirage exceptionnel, pour une situation hors du commun.
Mais le travail de la Tipografia ne s’est pas arrêté là puisqu’elle est la seule à imprimer les documents nécessaires au conclave. Parmi eux, un annuaire recensant les biographies de tous les cardinaux, distribué aux cent trente-trois électeurs avant leur entrée dans la chapelle Sixtine. « C’est un outil de travail pour eux, car ces biographies contiennent toutes les informations sur la vie professionnelle et le parcours de chaque cardinal. C’est évidemment utile pour identifier ceux qui seraient les plus aptes à certaines missions… » expliquait Guido Benfante sur RCF. Comme pour toute élection, il fallait aussi que soient prêts les bulletins de vote : un « billet très simple avec une petite dorure » portant l’inscription « Eligo in Summum Pontificem », détaille Vatican News, et de quoi écrire le nom de l’élu pour chacun des votants. Ont été également édités les formulaires permettant de comptabiliser le nombre de voix pour chaque candidat.
Outre l’élection, l’imprimerie est chargée des supports papier qui accompagnent chacune des messes. Des livrets de cérémonie étaient attendus pour les funérailles, pour les neuf jours de deuil et de prière pour le repos de l’âme du pape décédé, ainsi que pour la messe « Pro Eligendo Romano Pontifice » (« pour l’élection du pontife romain ») prévue le 7 mai.
Si l’imprimerie a vécu durant ces dix-huit jours, entre le décès et la désignation du nouveau pape, une véritable course contre la montre, son travail était loin d’être achevé une fois l’élection passée. Car, à l’étage, la Tipografia Vaticana continue d’héberger un atelier artisanal où les presses numériques n’ont pas remplacé les établis et où les marteaux donnent vie à des manuscrits traditionnels, aux reliures de cuir cousues. Cet espace est dédié à certains types de documents, entièrement faits sur mesure. On y façonne par exemple le parchemin en peau de mouton auquel chaque cardinal a droit lorsqu’il est nommé. Sont également fabriqués à la demande des sous-main (destinés à protéger le meuble lors des travaux d’écriture) siglés avec le blason du saint-père pour les cardinaux. Or, dans cet atelier, « on est presque repartis de zéro », souligne Guido Benfante. Il fallait désormais estampiller chaque document officiel avec le blason choisi par le nouveau chef de l’Église catholique : papiers à en-tête, chemises, formulaires, etc. La Tipografia Vaticana a donc eu beaucoup à faire pour apposer les armoiries sélectionnées par Léon XIV.